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 Extrait du témoignage lu par Maurice Goldberg en mairie du Poët-Laval, le 22 mai 2011, lors d ela cérémonie qui a honoré les époux Amblard, de Labry (commune du Poët-Laval)
« En juillet 1942, Vichy organise, de son propre chef, d’immenses rafles de juifs Ă travers toute le pays, y compris en Zone libre, oĂą il n’y a pas un seul Allemand. Cette fois c’en est trop, et l’ArchevĂŞque de Toulouse, Monseigneur Saliège, rĂ©dige une lettre diocĂ©saine, qui fera son Tour de France, parfois discrètement. Le gros de la population française, attentiste jusqu’alors, commence Ă se mĂ©fier de Vichy, et bascule. »
 « Pour ma part, fuite de Paris, passage de la Ligne de dĂ©marcation, et arrivĂ©e Ă Rodez, oĂą se trouve mon père, dĂ©jĂ avec une fausse carte d’identitĂ©. Lui, pas nous. Nous n’aurons pas le temps d’en obtenir. Un matin, deux gendarmes se prĂ©sentent chez nous. Ils nous informent que nous avons Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©s, car il est interdit Ă certaines catĂ©gories de gens, dont nous faisons partie, de se rĂ©fugier en zone "libre".
  Ils repasseront dans l’après-midi, pour nous emmener dans un camp, sans bagage, rien que le strict nécessaire. Hélas, trois fois hélas, ma mère ne comprend pas le message, et les attend. Après tout, nous sommes en Zone libre..d’Allemands, et les Gendarmes courent après les voleurs, pas après les femmes et les enfants.
  À leur retour, dans l’après midi, devant notre incompréhension, ils se mettent en colère, et ce n’est qu’à ce moment que ma mère comprend le message. Trop tard, les voisins…Ils nous embarquent vers le camp de concentration de Rivesaltes, à quelques kilomètres de Perpignan. Ce camp a été qualifié de Drancy du sud.
  Nous sommes le 10 février 1942, sept mois avant les Grandes rafles, j’ai juste 6 ans et demi. La Conférence de Wannsee, près de Berlin, date du 20 janvier 1942, Soit 20 jours plus tôt. Lors de cette conférence, les dignitaires nazis vont organiser la Solution finale pour les juifs, les tsiganes, les homos, etc.., etc... Nuit et Brouillard.
 Comment ces gendarmes pouvaient-ils déjà en être informés ? Je crois que tout simplement ils étaient choqués, scandalisés par les ordres reçus. Ils ont réagi en leur âme et conscience, malgré le risque de graves sanctions.
  Certains d’entre vous s’étonnent du tardif de nos réaction, de la durée de nos silences. Je vais vous parler du camp, vous comprendrez. C’est l’un des 97 camps de la honte. Au nord, gardés par les gendarmes, au sud, libre, par les militaires français.
 La ville de Rivesaltes a 4.000 habitants, avec environ 120 dĂ©cès annuels. Avec le camp 650 dĂ©cès. La seule maladie est la FAIM. Les gardes pillent les colis de la Croix rouge ; la Cimade doit escorter les siens. Les curĂ©s de la ville vont alerter leur Ă©vĂŞque Ă la suite du dĂ©cès de 60 nourrissons, morts de faim en un mois, car les mères ne peuvent plus les allaiter. Le PrĂ©fet met un terme au pillage, mais ne prend aucune sanction. Pas de vitres aux fenĂŞtres, pas de chauffage, peu de sanitaire. Nous sommes dans la France dĂ©voyĂ©e de Vichy. Ma mère s’affole et nous Ă©vade. »
Maurice Goldberg lors de la cĂ©rĂ©monieÂ
du 22 mai à la mairie du Poët-Laval, lit le témoignage (officiel) déposé à Yad Vashem
« Mais revenons Ă la France normale, celle des Droits de l’Homme, mĂŞme altĂ©rĂ©s. Ma mère m’a racontĂ©, longtemps après, que coincĂ©e dans une rafle Ă Lyon, elle rĂ©ussit Ă s’échapper et saute dans un tramway, qui a ralenti du fait de la rafle en cours. Le receveur agite frĂ©nĂ©tiquement la sonnette pour le wattman, qui voit Ă©galement la rafle, grille la station, juste Ă cĂ´tĂ© des Allemands. Dans le tram personne ne proteste, un voyageur cède sa place Ă ma mère, qui a une rĂ©action nerveuse. SauvĂ©e, cette fois.
  Des Ă©vĂ©nements de cette nature nous, les survivants en avons connus un certain nombre. Coup de cĹ“ur spontanĂ©, ou forme de rĂ©sistance Ă l’occupant, peu importe la motivation. Peut-ĂŞtre que certains, après coup, se sont demandĂ© ce qui les avaient pris, vu les risques rĂ©els encourus. A tous ces anonymes, merci de tout cĹ“ur. »
« Mais, aujourd’hui, nous rendons hommage au couple Amblard, qui n’a pas eu de coup de cĹ“ur. Car, risquer gros, pendant desÂ
jours, des semaines, des mois, plus d’un an, ce n’est pas un coup de cœur, c’est de l’héroïsme chaque jour renouvelé. Un voisin trop curieux, un gosse trop bavard, pouvait alerter, malgré eux, la Milice toujours à l’affût. Voici ce que j’ai vécu avant d’être Bernard Guyot.
Dans ce village de 800 habitants, combien sommes-nous d’« enfants cachĂ©s »Â ? Deux filières de camouflage d’enfants Ĺ“uvrent en parallèle, celle du Pasteur DebĂ», et celle de l’enseignante, Mlle Chavagnac. Chacun s’adresse aux siens.Â
  Tous  deux savaient pertinemment à quelle famille demander. Ont-ils connu des dérobades, c’est possible, vu le danger. Mais personne n’a bavardé ou dénoncé. Le silence s’est refermé sur nous, comme des bras d’adulte protégeant un enfant apeuré.
PĂ©père et MĂ©mère Amblard ne m’ont posĂ© aucune question, ils m’ont parlĂ© de leur famille, pour que je m’en imprègne, afin d’en ĂŞtre, et de pouvoir rĂ©pondre aux questions anodines d’inconnus. De mĂŞme Ă l’école, oĂą nous sommes plusieurs a avoir le mĂŞme parcours. Tout doit ĂŞtre cohĂ©rent, question de sĂ©curitĂ©. »
    « Rajoutez un grand nombre de rĂ©fractaires du S.T.O., un Maquis pas très loin, et vous comprendrez aisĂ©ment, que tant d’enfants cachĂ©s dans un si petit village, n’est pas anodin. C’est toute la rĂ©gion qui rejette les collabos, et rĂ©siste activement, illustrant longtemps Ă l’avance les propos de Jean-Paul II « N’ayez pas peur »
    Nous qui avons survécu, et surtout vécu, grâce à ceux d’ici, par-delà le temps et la mémoire retrouvée, nous devons exprimer et officialiser notre gratitude à nos familles d’alors. Ce sera long, il faut des documents, des témoignages, des lettres.
    Ce jour, un premier dossier est abouti. D’autres peuvent suivre. » (1)
    « Les meilleurs discours ont une fin, nous y sommes.
À vous tous de la famille Amblard, soyez fiers de vos parents, grands et arrière-grands-parents. Dommage que se soit trop tard pour eux, j’aurais aimé le leur exprimer de vive voix.
Encore une fois, PĂ©père et MĂ©mère, mille mercis. »
"Maurice Goldberg ex Bernard Guyot"
                                                        Un public nombreux et attentif  écoute Maurice Goldberg. Au premier rang, dans l'angle inférieur à droite,
Max Turteltaub, autre enfant accueilli pendant les années noires,
et ami de Maurice.
On observe que les cĂ©rĂ©monies de remise de mĂ©daille et de diplĂ´me aux "Justes parmi les Nations" (ou leurs reprĂ©sentants) se dĂ©roulent de plus en plus avec solennitĂ©. Les autoritĂ©s rĂ©publicaines et les Ă©lus y contribuent,  encouragĂ©s par le public, par les effets de la loi de mars 2000 et l'entrĂ©e des "Justes de France" au PanthĂ©on  en janvier 2007.Â
(1) Effectivement, trois dossiers sont en route : un (à Poët-Laval) porté par Samuel Grynspan en faveur de la famille Robin (famille de potiers);  un autre au Poët-Laval et Dieulefit en faveur de l'abbé Magnet (originaire de Dieulefit, très proche du pasteur Debû et de Jeanne Barnier, secrétaire de mairie à Dieulefit) ; le troisième à Dieulefit en l'honneur de la famille Abel.
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